Investir en Roumanie Investir en Roumanie  
 
Vous êtes dans Accueil Articles et analyses Archives articles

Les grands orgueils des petits pays ("de l’Est")


Le  mardi 11 octobre 2005

par Florin CONSTANTIN

Mon métier de consultant en prospection commerciale et implantation industrielle dans les Pays de l’Europe Centrale et Orientale fait que, déontologiquement, je me sens obligé de suivre tous les événements officiels rhône-alpins dédiés à cette partie de notre continent. Il y a quelques jours, j’assistais à la conférence dispensée au public lyonnais par un certain consul d’un certain pays, d’à peine la taille de notre région. En grandes lignes son discours a compris l’enchaînement de réflexions suivants :

- son pays, n’est pas un simple pays de l’Est, mais un pays appartenant à cette fascinante "Mittel Europa" germanique, culte et distinguée, presque plus occidentale que l’occident lui même (rien à voir, en tout cas, avec l’Europe de l’Est, tant décriée, monde sauvage et lointain, vraie boîte d’une Pandore, déesse reconvertie au culte des mauvaises surprises de toute sorte) ;
- la France c’est l’idéal culturel et intellectuel de chaque habitant de ce pays bucolique et bohème où la recrudescence des poètes par mètre carré dépasse même celle de la petite délinquance des quartiers chauds de certains pays (soi disant) plus développés (mais bon, en réalité ça c’était il y a 100 ans, maintenant, même les relations culturelles ne sont plus ce qu’elle fussent à une autre époque) ;
- économiquement, le portrait robot de l’investisseur français dans ce pays ressemble, selon les dires de ce diplomate, plutôt au maître d’esclaves du XVIIème siècle, qu’à celui de l’homme d’affaires contemporain de l’Europe des 25 : opportuniste et sans états d’âme, vaniteux sans mesure et myope incurable vis-à-vis de la sensibilité et du profond humanisme des autochtones (on avait presque ressenti comme romantiques et de bon ton la sévérité des managers allemands et les méthodes expéditives en matière sociale des investisseurs italiens).

Bien sûr, ces propos ont été de nature à laisser perplexe un public qui, faute d’être formé exclusivement de potentiels entrepreneurs, se composait de gens venus écouter un discours commercial, douillet et positif, sur la beauté touristique de ce petit paradis européen, un peu plus sûr désormais que l’Indonésie et autres destinations exotiques plus susceptibles de recevoir les visites intempestives des terroristes internationaux ou des tsunamis sans frontières. Pour moi, ce fut simplement une profonde sensation de situation déjà vue, déjà vécue... Depuis des années, tous les consuls, ambassadeurs, chefs de missions économiques des Pays de l’Europe Centrale et Orientale commencent leurs discours, tenus dans les divers cénacles para-publics de notre région, par un éloge de leurs particularités nationales, au passage uniques et irremplaçables, pour les finir sur une note de reproche adressée à la France et surtout aux entreprises françaises : leur comportement est qualifié d’épouvantable quand elles s’implantent sur ces marchés. J’essayerai, avec votre permission, de décrypter pour vous ce message paradoxal, car la diplomatie, politique ou économique, n’est-elle pas plutôt la science de la négociation et des parlementassions, plutôt que celle des accusations directes et des reproches sans voile ?!

1. Je commencerai par les accusations de mauvaise conduite apportées aux entreprises françaises. En 2005, la France est en train de battre un record de mauvais augure en matière de solde annuel de la balance commerciale : - 20 milliards d’euro selon les estimations de Natexis (alors qu’en 2002, la France était bénéficiaire de 5,9 milliards d’euro et alors que l’Allemagne enregistre une hausse de ses exportations de 30 %, et ceci de manière constante depuis 4 ans). De même, la France centre ses exportations en proportion de 62 % sur les anciens pays de l’Europe des 15, alors que l’Allemagne ne le fait plus qu’à hauteur de 55 %. En parallèle, la France dirige seulement 2,6 % du total de ses exportations vers l’Europe de Centrale et de l’Est, alors que l’Allemagne réalise plus du triple de ce chiffre d’affaires dans cette région. Ceci confirme nos constats, lors de nos missions aux côtés des entreprises françaises en Europe de l’Est : elles ne sont pas seulement très sécuritaires dans leurs investissements (et donc plus lentes à saisir les opportunités que les entreprises allemandes et italiennes, leaders dans les initiatives économiques dans ces pays à cause d’une plus grande tolérance vis-à-vis du risque en affaires), mais elles ne prennent des initiatives à l’étranger que si vraiment leur pérennité commerciale et industrielle est menacée en France ou sur les marchés traditionnels limitrophes. Il ne faut pas ainsi s’étonner que les entrepreneurs français qui arrivent en Europe Centrale et Orientale dans une situation de profonde détresse déjà sur leur marché d’origine, donnent des signaux contrastés quant à leur capacité de mener leurs affaires dans les règles de l’art et en toute légalité...

2. Concernant les très baroques fresques dédiées par les diplomates et hauts fonctionnaires des Pays de l’Europe Centrale et Orientale à la beauté et unicité de leur pays, fut-il grand comme un département de l’Hexagone ou comparable en taille et population avec la France, je procéderai de manière psychanalytique. C’est simple : ces gens là invitent tout le monde à explorer leurs pays et à profiter de leurs pays. Seulement qu’après une demi siècle d’hégémonie moscovite, on ne peut plus s’offrir comme ça, nature, sur un plateau. Il faut assaisonner le plat d’un peu d’orgueil national, d’un peu d’autosuffisance. La réalité montre que les progrès économiques et sociaux de certains de ces pays, n’ont pas pu se réaliser à partir de 1989 qu’en présence d’importants investissements étrangers directs et que les pays qui n’ont pas bénéficié de ce genre de flux financiers en quantité suffisante sont toujours en train de vivre une transition plutôt morose. Pour faire simple : les gouvernements de ces pays savent qu’ils ont besoin, pour relancer leurs économies, des investisseurs étrangers comme de l’oxygène. Et ils parent leurs pays d’Agences de développement et ils multiplient les chambres de commerce mixtes tous azimuts ... Malheureusement là encore, la France se contente de manière générale de la deuxième, troisième, voire quatrième place parmi les plus importants investisseurs étrangers directs dans cette partie de l’Europe. Et ses entreprises qui explorent ces marchés très dynamiques sont généralement les grands fleurons de industrie française (Renault, Danone, Société Générale), plutôt que les PME, comme dans le cas des allemands et des italiens. Chose d’autant plus paradoxale que la France est le pays des PME par excellence, alors que certains lands allemands, parmi les plus prospères, dont notamment la Bavière, ont du mal à conserver leurs tissus de PME...

Ma conclusion est simple : relativisons les propos parfois trop tranchants de nos amis de l’Europe Centrale et Orientale. Ceci pour une simple raison : qui s’aime, se taquine, surtout par la force des paroles. Pourvu que les dirigeants de PME françaises ne restent plus longtemps cantonnés aux simples paroles et qu’ils se décident d’être plus nombreux à explorer à l’Est. De notre continent, bien sûr.
En procédant ainsi, ils auront, je les assure, de bonnes surprises, car les grands orgueils des petits peuples (de l’Est) indiquent, parole d’Est-européen, les grandes opportunités économiques de demain. Les français sont toujours attendus dans ces pays et ils pourront y faire des affaires profitables dans un climat culturel qui leur est familier, car, au fond, l’Europe c’est un peu la France et la France c’est un peu l’Europe...


Page visitée 1730 fois. Version imprimable

Dans la même rubrique Les PME dans l’impasse financière
lundi 3 novembre 2008

Un bon manager réussit quelque soit le secteur où il activerait
lundi 3 novembre 2008

Les mesures de plafonnement des taux ROBID / ROBOR stabilisent le marché et donnent de la confiance, affirment les banquiers
vendredi 21 novembre 2008

 
 
...
...